Aujourd’hui, la Plaza Mayor désigne la place publique située au centre des villes espagnoles et latino-américaines. Issu de la tradition méditerranéenne – agora grecque puis forum romain –, cet élément d’urbanisme réapparaît à la fin du Moyen-âge, dans le sud de la France, avec les fameuses bastides puis, dans le nord de l’Espagne (XIIIe siècle) avant de se diffuser, à la faveur de la Reconquête, dans l’ensemble de la péninsule ibérique, d’abord à Valladolid (milieu XVIe
siècle), puis à Madrid (1619), capitale et siège de la Cour du Royaume de Castille depuis 1561, pour enfin s’étendre à toutes les grandes cités ibériques. Dans le même temps, suite aux épisodes de découvertes et de conquêtes, des milliers de cités sont fondées par les Espagnols dans le Nouveau Monde américain. La ville s’impose alors comme un phénomène majeur de la colonisation. Si la ville, « c’est l’Espagne en Amérique », la Plaza Mayor américaine est, quant à elle, la vitrine de l’hispanité et de l’urbanité à l’européenne. Toutes les villes de l’Amérique ibérique ont en effet été édifiées à partir de ce quadrilatère fondateur.
À l’époque moderne, la Plaza Mayor est d’abord une place commerciale puisque s’y concentrent les principales corporations de métiers ; elle relève donc a priori des autorités municipales mais pas uniquement ; c’est aussi un espace politique où se déroulent les corridas, les autodafés, les processions et toutes sortes de cérémonies d’information destinées à valoriser le bon gouvernement urbain et à célébrer le prince, surtout si le roi est absent et distant de plusieurs milliers de kilomètres, comme en Nouvelle-Espagne, le Mexique de l’époque coloniale.
Nous avons choisi de nous focaliser sur la Plaza Mayor de Mexico, car non seulement cette cité fut la plus grande ville américaine pendant près de trois siècles, mais aussi parce qu’elle est un paradigme historique des enjeux de la colonisation. L’objectif de ce dossier est de montrer que la Plaza Mayor de Mexico est non seulement le témoin de grands événements de l’histoire du Mexique mais surtout que ses transformations urbanistiques, du XVIe siècle au début du XIXe siècle, sont le résultat de préoccupations constantes de la part des autorités municipales, royales et ecclésiastiques. Ce dossier se compose de cinq documents qui couvrent l’ensemble de la période coloniale : plans, peintures et textes nous permettent de tracer une évolution sur le temps long de l’un des principaux outils de colonisation du continent américain.
Documents :

1 - Plan de la Plaza Mayor au milieu du XVIe siècle

2 - La Plaza Mayor après l’émeute de 1692

3 - Description du marché par le vice-roi en 1716

4 - Projet de réaménagement des étals de vente de la Plaza Mayor vers 1760

5 - De la place commerçante à la Place d’armes en 1793
Conclusion

En somme, les transformations urbanistiques de la Plaza mayor de Mexico, du XVIe siècle audébut du XIXe siècle, sont bien le reflet des préoccupations des autorités coloniales : obsession sécuritaire d’une poignée d’Espagnols face à des milliers d’Indiens, mise en application d’un modèle de cité idéale à la Renaissance, soucis hygiénistes et circulationnistes sous les Lumières puis, à l’approche des mouvements d’Indépendance, volonté de transformer un espace commercial en une place d’armes. Aujourd’hui, la Plaza Mayor, devenu Plaza de la Constitución en 1821 (communément appelée Zócalo), reste le lieu de l’expression politique, puisque toutes les marches et les manifestations y convergent.
Publicado por
Arnaud Exbalin
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